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Grande Tante Lydia, la mélancolique.

Chez Lydia, tout appartient au passé, à un autre siècle, une autre époque qui semble déjà lointaine. Le coucou de la cuisine ne prend même plus la peine de se montrer, peut-être que lui aussi regrette le temps jadis. L'appartement est spacieux, soigné mais vieillot, décoré dans le style soviétique et cependant orné de nombreuses icônes. Il y a aussi quelques souvenirs de voyages lointains. En effet Tante Lydia, à l'ère soviétique, était plutôt privilégiée car elle était l'épouse du dirigeant d'un kolkhoze dans la région d’Istra. Ici je suis reçu comme l'enfant qu'elle n'a jamais eu et cette fois ci encore un flot de larmes inonde ses joues lors de notre visite. Comme à l'accoutumée il est de bon ton que je fasse honneur à la cuisine de notre hôtesse et une fois de plus je vais déjeuner pour la deuxième fois ce jour . En fin d'après midi, Tante Lydia nous sort un album de photos, c'est avec beaucoup de fierté qu'elle nous montre la beauté de sa jeunesse ainsi que quelques clichés d'elle et de son mari à cette belle époque, où elle était heureuse et où tout tournait rond. Je n'ai vraiment aucune peine à imaginer sa nostalgie.
Comme le coucou Tante Lydia ne sort plus de chez elle, presque tout le monde l'a oubliée à l'exception d'une autre Lydia , sa nièce (qui est aussi ma belle-mère) son unique lien avec le monde extérieure .
Au moment du départ Tante Lydia nous remet un morceau de coulitch, un oeuf dur peint et un peu de vodka, nous sommes à Pâques et en repartant nous irons déposer ces quelques offrandes sur une tablette à coté de la tombe où repose Lev (Léon) . C'est une tradition russe que nous perpétuons avec respect car Lev était le mari de notre tantine et avec tous, un homme de coeur. 

            

La place froide

Par une belle journée de janvier Olga, notre fils Nikita et moi décidons de nous rendre sur la place Rouge pour y prendre quelques clichés. Il fait 15 degrés en dessous de 0 avec un peu de vent . Je suis vraiment content d'avoir ma chapka bien vissée sur les oreilles et ne peux imaginer comment l'on peut s'en passer . La promenade est agréable néanmoins le froid est saisissant, Nikita n'y tient plus, il pleure de froid, heureusement le GOUM, célèbre galerie marchande en face du Kremlin est également un refuge surchauffé.

 

Journée la plus froide de ma vie

Ce matin n'est pas un matin comme les autres, du moins pour le français que je suis, car il fait froid mais un froid qui bouleverse la routine. Au sortir de l'immeuble, ma respiration est amusante, une sensation de givre dans les narines se fait ressentir. En fait, je suis content car peut-être vais-je dépasser mon précédent record. Je m'installe au volant de ma voiture, contact ! La pendule de la planche de bord semble souffrir, les cristaux liquides ne réagissent pas comme d'habitude, le temps s'écoule mais péniblement. Encore un petit tour de clé mais cette fois ci avec un peu d'anxiété car ma batterie a deux ans et je sais qu'elle donne des signes de faiblesse par très basse température. En effet, mes craintes sont fondées, dans un long râle le démarreur semble lutter avec un moteur récalcitrant. Je m'imagine déjà tendre le bras sur le bord de Lenningradsky boulevard quand soudain la mécanique s’élance. Le moteur ne ronronne pas comme d'habitude, il claque des dents lui aussi, soyons indulgent et laissons le se réchauffer quelques minutes avant de le solliciter. C'est enfin le départ, à ce que je vois il s'agit bien là d'un matin exceptionnel car beaucoup de voitures déclarent forfait. La vie ne s'arrête pas pour autant et les rues ne sont pas plus désertes que la veille. Les Russes sont fascinants de ténacité et de fatalité, j'admire leur capacité à s'adapter à ce froid extrême. Je ne sais s'ils sont plus endurants, je crois que ce sont surtout des battants capables de lutter jusqu'à la dernière seconde de leur vie et c'est, à mon sens,  une des principales caractéristiques de ce peuple. J'aperçois enfin un thermomètre au bord de la route, je ne m'étais pas trompé, c'est la journée la plus froide ma vie : -32°c. Je me suis aperçu qu'en règle générale un changement s'opère en dessous de -20°c, jusqu'à -15°c les gens et leur environnement réagissent sensiblement comme à la normale mais en dessous les difficultés semblent s'accroître de façon radicale .
Olga, mon épouse, a vécue jusqu'à l'age de 19 ans en Sibérie, au delà de l'aspect géographique, tout le monde sait que ce nom est synonyme de froid extrême. Une température de -50°c n'est pas rare dans cette région, à telle point que les quelques oiseaux qui par mésaventure tentent de prendre leur envole sont quelques fois tellement saisis par cette gelée qu'il leur arrive de tomber raide mort . C'est effrayant mais anecdotique car ce qui m'a profondément choqué , ce sont les actualités d'un soir où un reportage relate les méfaits de l'hiver . Un médecin dans un hôpital montre des patients qui ont été ramassés dans la rue, ce sont sûrement des sans abris ou des alcooliques, peut-être les deux à la fois. Ces gens ont les membres gelés et il faut les amputer d'une jambe pour l'un, des deux pour un autre, il ne s'agit la que des survivants ! Je ne peux alors m'empêcher de songer à la retraite de la grande armée. Deux siècles se sont écoulés et nous subissons toujours les caprices  des éléments naturels. 

  

 

Blinis à Kolomenskoïé 

Comme toujours lorsque l'on va se promener dans le parc de Kolomenskoïé je suis comme un gosse à qui l'on a promis une glace. C'est au coeur de l'hiver que j'aime y flâner, quand la neige a fait son oeuvre . Cette alchimie réussie de Dame Nature qui transforme ce parc en un fabuleux décor de carte postale, (comme celles que l'on envoie parfois au nouvel an) fait le plaisir des enfants qui s'adonnent aux joies de la luge. Bien que la luge me plaise également, je ne viens pas ici pour en faire. Non, je vais à Kolomenskoïé pour y flâner en compagnie de mon aimée. Il règne ici  une atmosphère particulièrement paisible, nous sommes toujours à Moscou mais avec la sensation d'être enveloppé d'une bulle, bien loin de la circulation et de la population. On fait le tour du parc, puis quand le froid retire le plaisir de la ballade nous retournons alors vers de petites isbas ornées d'enseignes invitant à la dégustation de quelque collation. Le pas de la porte à peine franchi, mes lunettes se couvrent de buée et mes papilles se mettent en éveil. Je n'ai jamais mangé d'aussi bons blinis qu'ici, avec du miel, de la confiture ou du lait concentré, c'est un véritable régal qui nous fait oublier un instant la froidure du dehors.

    

 

  

Tsaritsyno         

Le domaine de Tsaritsyno fut réalisé à la demande de Catherine la Grande, qualificatif, qui à mon sens, désignait ou bien sa taille ou sa grande aptitude à détruire quelques merveilles d'architecture en Russie . Bref, ce domaine, bien que non terminé, offre une promenade très agréable . Le jour ou je décide de m'y rendre, le ciel est couvert et quelques flocons virevoltent. Au fond de ma poche, à l’abri d’un froid que supporte mal la technologie numérique, se réfugie mon appareil photo. Je n'ai pas réussi à obtenir un seul cliché qui vaille la peine de s’enthousiasmer, lorsque soudain, au détour d'un chemin, dans les sous bois apparaît un superbe traîneau attelé à un cheval, je me souviens alors de ces beaux romans décrivant la Russie du 19ième   siècle, l’instant est magique. Malheureusement cet instant fut si bref et inattendu que je n'eu point le temps de l'immortaliser. Ma frustration fut telle que je supplie mon épouse de suivre ses traces dans la neige car ce traîneau va bien s'arrêter quelque part. Notre poursuite durera une heure ou deux, cela fut très agréable mais notre recherche restera vaine. Olga et moi échangeons un regard, un sourire s'esquisse sur nos lèvres, la nuit est proche, il est temps de regagner le monde moderne et surtout notre voiture.

 

 

  

Les morses

Aujourd'hui notre petite famille décide de se rendre dans un parc non loin de Voïkovskaya pour y faire une ballade en traîneau (nous sommes en février) . Evidemment pas de cheval à l'horizon, à défaut nous allons nous amuser avec Nikita sur un lac lorsqu'à mon grand plaisir un "morse" fait son apparition . Il ne s'agit point là de l'animal, c'est le nom que donne les russes aux courageux qui vont se baigner dans un trou d'eau dans un lac gelé . Cet homme se dévêtit tout comme il le ferait sur la côte en plein mois de juillet puis lentement descend dans le trou . Il suffoque un peu et tout en sautillant, il s'immerge de plus en plus . Si plaisir il y a, cet homme ne le prolongera pas trop car il ressortira 2 ou 3 minutes plus tard . Lorsqu'il refait surface, son corps est rouge vif comme s'il avait pris un bain brûlant . Notre morse se sèche puis prend tranquillement le soleil ! Spectacle ahurissant car il fait tout de même environs -10 degrés . Notre promenade continue mais de temps à autres je jette un oeil sur ce drôle d'animal lorsque soudain celui ci s'équipe de skis de fond et vêtu d'un unique caleçon entame à son tour une petite promenade, il mérite bien son surnom .

 

 

La luge 

Que ce soit en ville où à la campagne, la luge est un divertissement très apprécié et très pratiqué par les enfants russes. Les babouchkas surveillent leurs petits enfants imitant des gestes que des générations d’enfants ont déjà reproduits. Il glissent, se renversent et se relèvent hilares en pensant déjà à la prochaine descente. Grand merci, les divertissements virtuels de notre époque n’ont pas réussi à déboulonner des loisirs aussi sensationnels que celui-ci.
L’on rencontre parfois des luges moins destinées au jeu qu’à la promenade, c’est amusant de rencontrer une maman promenant son bébé dans une luge. Effectivement ce moyen de transport est plus adapté aux trottoirs enneigés qu’une traditionnelle poussette.   

 

Promenade nocturne

Moscou est une ville immense, ce qui a permis la conservation de très nombreux parcs atteignant parfois des superficies de plusieurs hectares. Ces parcs, le plus souvent, rivalisent de par leur beauté et leur calme.
Ce soir là, nous sommes attablés en famille, les salades de crudités, la charcuteries, les blinis, l’esturgeon, le poulet et autres victuailles se bousculent avec la vodka, le cognac et le champagne, la table n’est jamais assez grande. Il en est toujours ainsi lors d’un repas de fête et chaque prétexte est bon pour organiser un  repas de famille. Le caviar est bien de la fête, Lydia se l’est procuré au marché de Lenningradsky. Consommé sur une tartine beurrée après une rasade de vodka glacée, c’est réellement fameux. Comme à l’accoutumé, le repas commencera par la soupe, Lydia sait que j’adore ça, ce soir elle m’a préparé un borsch  comme elle sait si bien le faire. Après la soupe, chaque convive se sert ensuite selon ses envies. Le repas est rythmé par d’incontournables et nombreux toasts. Mon beau-père Valery est un expert en la matière, j’admire toujours sa tranquillité et son éloquence. Vers la fin du repas, comme toujours, un toast est prononcé à l’attention de la maîtresse de maison en guise de remerciement et de compliment. On ne casse jamais de verre après avoir bu, cette pratique n’est pas une légende, mais cela se fait surtout lors de toasts très particuliers. Pour ma part, je l’ai fait une fois avec un plaisir juvénile lors de mes noces. Mais revenons à cette soirée en famille, c’est un soir de janvier plus doux que les autres soirs et nous décidons à l'unanimité de nous dégourdir et de profiter des calories emmagasinées. Nous nous dirigeons vers les sous bois d’un parc attenant à l’immeuble, à cette heure les promeneurs sont plus rares. La lune diffuse une lumière féerique filtrée par une armée de bouleaux dont l’uniforme n’est autre qu’un épais manteau neigeux. Un agréable silence est ponctuellement rompu par le craquement de la neige sous chacun de nos pas. Ce soir et un soir unique. La nature à elle seule est un spectacle dont la représentation est si souvent romantique et quelques fois dramatique.

 

 

(photo ne concernant pas cette promenade)

La route

G
lissades et enlisements
:
En général les routes de la capitale sont très bien dégagées et l'on ne subit pas trop de désagréments comparativement à la rudesse de l'hiver . Les divers véhicules employés ne sont apparemment pas du dernier cri mais leur ballet incessant est, somme toute, impressionnant d'efficacité . Les escadrons  de chasse-neige repoussent la neige sur le coté droit de la chaussée, par la suite, des machines munies de grandes pelles mécaniques ramassent cette froide récolte afin de déplacer ces tonnes de flocons en dehors de la ville . Ceci étant, il arrive que les précipitations  neigeuses soit si importantes que les moyens techniques mis en oeuvre s'en trouvent insuffisants, ce qui occasionne alors de sérieuses perturbations . Il est évident que cela affecte les transports d'une manière générale mais la réactivité des services de déblaiement est à la hauteur de la tache . J'ai parcouru 40 000 Km en 3 ans ce qui, je pense me permet d'en juger objectivement . Je possédais un véhicule de marque française que j'équipais de pneus neige en fin d'année ce qui me permettait d'évoluer à peu prés sereinement . Cependant il me fut difficile d'éviter quelques frayeurs dues aux glissades et dérapages incontrôlés de mon véhicule ou de ceux alentours . Plusieurs fois j'ai pu voir des voitures partir en tête à queue sur de grands boulevards ou des autoroutes et l'angoisse du moment se traduit par une question :"est-ce que ma voiture et celle des autres vont s'arrêter à temps ?"

Bon nombre de Russes possèdent une voiture équipée d'entraînement à propulsion (roues motrices à l'arrière) ce qui est, il me semble, un véritable paradoxe . En effet, sur sol glissant avec ce type de véhicule, un simple coup d'accélérateur occasionne un "tête à queue" que seul les habitués du contre-braquage peuvent rétablir alors qu'une traction sera beaucoup plus stable . Ayant eu l'occasion de conduire la propulsion de mon beau-frère sur de vastes parkings enneigés je me suis réellement bien amusé mais rares furent les fois où je rétablissais la situation, la voiture se transformait plutôt en toupie .

De nombreuses fois mon véhicule se retrouva enlisé dans la neige, d'ailleurs à qui cela n'est pas arrivé en ce pays? Il n'est pas rare qu'un chemin emprunté le matin devienne impraticable l'après-midi et ce, uniquement à cause des fortes chutes de neige. Cela m'est arrivé avec un collègue, nous roulions tranquillement sur une route que nous connaissions bien lorsque notre course s'arrêta dans une congère d'environ 50centimètres que les chasses-neiges avaient poussée là . Fort heureusement nous étions deux, "pas de problème, ça va vite s'arranger" pensais-je. Après avoir bien dégagé les roues de notre véhicule mon collègue s'installa au commande tandis que je poussais . C'est en Russie que j'ai découvert une astuce efficace pour se sortir de ce genre de mauvais pas, cela consiste à faire alterner rapidement la marche avant avec la marche arrière. On arrive ainsi à donner un mouvement de va et vient à la voiture mais il ne faut surtout pas s'exciter sur l'accélérateur . Avec un peu de patience et aussi un peu de réussite on finit pas reprendre de l'adhérence et ainsi continuer sa route . Hors cette fois ci nous ne devions point être en veine car nos efforts restèrent sans résultat . Qu'à cela ne tienne, nous sommes ici en Russie et l'on peut encore compter sur la solidarité des autres conducteurs, un petit signe aux voitures qui passent et à peine la main se lève que des âmes charitables viennent à la rescousse .
 

 

 

Solidarité dans la détresse:
En effet, l'entraide est très fréquente ici et je dois bien reconnaître que c'est là un des rares avantages de la conduite en ce pays. Il y a encore beaucoup de vielles voitures qui circulent car le contrôle technique n'est pas aussi draconien qu'en France et cela occasionne de nombreuses pannes ou casses. En Russie on peut tomber en panne sans trop se faire de soucis, il y aura toujours  plusieurs conducteurs qui vous proposeront leur aide, soit pour un dépannage rapide soit pour vous tracter jusque chez vous moyennant quelques roubles. 

Durant l'été 2003, mon épouse et moi décidâmes de nous promener en forêt. Nous partons donc à la campagne à la recherche d'un endroit peu fréquenté dans la région d'Istra. Nous pensons avoir trouvé le point de départ idéal, je m'arrête donc sur le coté de la route. Hélas pour moi l'accotement était plus qu'instable et notre auto  s'est retrouvée inclinée avec une pente d'environs 45°. Evidemment, pas moyen d'en sortir puisque le sol était meuble. Il n’y avait pas trop de passage en cet endroit, cependant, sans faire de grands signes au bord de la route, un type s’arrêta.
- bon, on va te sortir de là ! Tu as une corde dans ton coffre ?
- Et bien, c'est-à-dire que… Non
- Je vais te dire une chose et n’oublie jamais ça, tu dois toujours avoir une corde dans ton coffre.
Sans perdre plus de temps, celui qui failli être mon providentiel dépanneur reparti aussi soudainement qu’il était arrivé. Je restai un peu bouche bé, cet homme semblait ne pas avoir les idées bien claires. En tout état de cause lui non plus n’était pas en possession d’une corde ! Encore un exemple frappant des situations paradoxales qui caractérisent ce peuple tantôt captivant, tantôt agaçant. Il m’était de plus en plus difficile de garder mon calme, quelle idée j’avais eu de m’arrêter ici alors qu’il y a de la forêt partout ailleurs. C'est alors qu'une Gigouli 2108, la fameuse «spoutnik » plus connue en France sous le nom Lada Samara, s’arrêta à son tour. J’appréciai cet élan de solidarité mais je pensai alors qu’un 4x4 me serait plus utile.
- Bonjour, vous avez une corde ? Me demanda cet autre conducteur.
- Non
C’était un jeune russe d’une trentaine d’année, l’air très sérieux et poli. La situation dans laquelle je m’étais mis ne semblait pas du tout l’étonner. Spontanément il ouvrit son coffre et en ressortit une corde qu’il me tendit afin de l’arrimer. Je m’exécutai en demeurant néanmoins perplexe.
- Allez on y va !
- Vous croyez que l’on peut y arriver ? Demandai-je.
Je faisais vraiment preuve de pessimisme alors que lui ne semblait pas s’embarrasser d’incertitude.
- Oui, ça arrive souvent, j’en ai déjà dégagé d’autres avant vous. Ne vous en faites pas.
De toute façon je n’avais pas le choix et puis ça valait la peine d’essayer tout de même. On s’installa chacun à son volant, il accéléra, la corde se tendit, cela résista un instant, à mon tour j’accélérai modérément en agissant légèrement sur mon volant, puis à ma grande surprise j’arrivai à regagner la route assez facilement. Je sorti de la voiture plus que stupéfait, mon bienfaiteur avait déjà enroulé sa corde et me tendit la main pour me dire au revoir car il semblait vouloir ne pas trop perdre de temps. J’avais un peu de mal à recouvrer tout mon bon sens , tout fut si bref. Je me décidai tout de même à le retenir :
- Attendez ! Attendez ! Ne partez pas si vite je vous suis tellement reconnaissant.
Je savais que j’avais 300 roubles en poche :
- Tenez, je vous en prie acceptez cela.
Il me remercia, me salua et reprit son chemin. Le comportement routier des Russes est certes anarchique et dangereux mais leur solidarité dans la détresse est exemplaire, encore une contradiction. Comme je dis souvent, le conducteur russe retire son cerveau avant de s'installer au volant mais en matière d'entraide l'automobiliste français est quand à lui un sacré égoïste.
 

 

 

Solidarité indiscutable et pourtant...:
En effet, ce genre de coup de main est encore très fréquent surtout que de nombreuses voitures sont de vieux modèles que l’on tente d’exploiter jusqu’à l’ultime casse. Moscou reste une exception en ce qui concerne le type de véhicules privés rencontrés, certes il y a là un étalage de 4x4 et modèles de luxe flambants neufs mais cela ne représente qu’une minorité en regard de l’ensemble du parc automobile de ce pays. Lada reste la voiture du peuple et lui réserve bien des surprises. On rencontre parfois une voiture immobilisée en plein milieu d’un boulevard à circulation rapide, le conducteur s’affairant sous le capot ou encore glissé sous le châssis avec pour unique indication de sa présence, un triangle ou un bidon posé 3 mètres en arrière. Certains, en voyant la situation, conservent une allure soutenue tout en roulant sur la même file de notre infortuné conducteur puis, au dernier moment, donnent un coup de volant pour changer de file, ainsi le conducteur de la voiture suivante doit réagir précipitamment sinon c’est le carambolage.  A cause de ce comportement un de mes collègues russes fut gravement blessé et un membre de sa famille y laissa la vie. Il faut savoir aussi que la ceinture de sécurité est un équipement de curiosité, qu'aucune courtoisie n’existe, quand à la conscience du danger, je ne suis pas même persuadé qu’ils l’acquièrent à la suite d’un accident. Je n’avais jamais vu autant de morts joncher le bitume, la conduite à Moscou est la roulette Russe des temps modernes. A pieds les risques sont également très importants, le piéton impatient qui décide de ne pas aller jusqu’au souterrain pour traverser une avenue prend un risque incalculable, mais il faut cependant reconnaître que de nuit et en certains lieux il peut également être dangereux d’utiliser ces souterrains. Le respect des feux tricolores est si fréquemment  ignoré que les piétons ont tout intérêt à être sur leurs gardes lors de franchissement de passages piétions, un instant d’égarement et la faucheuse vous saisie. Je n’exagère en rien la situation, autant j’aime ce peuple et ce pays, autant je déteste leur comportement routier.
- Que fait la police ? pourrait-on penser. La police (G.A.I  renomée D.P.S) est omniprésente, je n’ai jamais été autant arrêté, contrôlé et, ou, verbalisé mais le prix des amendes n’est pas dissuasif pour celui qui possède les moyens de s’offrir un modèle de luxe et de toute façon tout , ou presque tout le système policier est corrompu ce qui discrédite toute prévention routière.
C’est tout un système qui mérite d’être révisé, avant la révolution d’octobre 1917 on se déplaçait à cheval puis sous le régime soviétique si la voiture ne représentait pas un privilège, elle était tout de même relativement rare chez le commun des russes et de toute façon on ne circulait alors qu’avec des , Zaporozhets, Moskvitch, Lada et Volga. Hors depuis la fin du vingtième siècle, la débandade, la corruption, les joies du capitalisme associées à l’inondation du marché automobile par des voitures toutes plus puissantes et brillantes les unes que les autres ont engendré le chaos routier. L’administration elle même ne fait aucune preuve de bon sens en matière de sécurité routière, les travaux ne sont que très peu signalés, aucune campagne de prévention n’est menée, bref contrairement à la France le nombre de tués sur les routes en Russie ne semble pas interpeller qui que soit.
 Il faut s’imposer pour évoluer dans la circulation, pas de courtoisie,  c’est la guerre des nerfs, la loi de la jungle, le jeu de l’intox et de la roulette (Russe bien sur).
Rappelons donc que:
- Piéton rime avec hérisson et par la même avec paillasson, les passages piétons existent pour la forme mais dans le fond ils n’ont aucune influence sur le comportement des automobilistes. A chaque fois que je me suis arrêté pour céder la priorité à un piéton, ce dernier me regardait avec un mélange d’étonnement et de mépris ou bien m’ignorait totalement en attendant que je passe mon chemin.
- En général les gens poussent leur voiture jusqu'à la casse et l'on voit très souvent camions ou  automobiles dont un essieu à rompu ou encore un moteur qui a ses vapeurs dans la circulation, dans ce cas 2 possibilités se présentent:.
 On ouvre le capot et on répare ou on tend le bras pour se faire remorquer par un autre automobiliste. Je n’ai jamais vu personne se démonter ou s’énerver dans ce genre de situation, flegme ou fatalisme ? Quoi qu'il en soit, attention au sur-accident.
- La voiture qui vous précède peut s'arrêter brusquement et n'importe comment pour prendre un auto-stoppeur.
- Enfin au volant n'oubliez pas d'avoir votre fer à cheval, votre patte de lapin ou encore votre saint Christophe mais surtout 200% de vigilance.
 

 

 

Accrochage:
Alors que nous circulions sur le Collesso (périphérique) à bord de la voiture de mon beau frère Pacha, une voiture nous percuta par l'arrière à un feu rouge. Les deux véhiculent s'immobilisèrent donc à l'endroit du choc, créant ainsi une gène pour le reste des automobilistes. C'est la règle ici, les voitures ne doivent pas être déplacées tant que la police n'a pas fait son constat. Le constat amiable quand à lui n'existe pas en Russie (du moins tel que nous le connaissons en France), il faut savoir aussi que l'assurance auto n'est obligatoire que depuis 2001 ou 2002, donc les accidents de la route sont réglés au tribunal. La police étant sur les lieux très rapidement, puisque elle est omniprésente, s'empresse alors de dérouler les mètres à ruban et de prendre des notes afin de reproduire précisément  la position des véhicules sur la chaussée. Tout cela s'effectue au milieu de la circulation! Pendant ce temps, mon beau-frère discute avec l'autre conducteur qui ne peut que reconnaître ses torts. Vu les dégâts minimes sur la voiture de Pacha, il n'y a que quelques rayures sur son pare-choc, le conducteur fautif lui propose alors d'en rester là en lui proposant 100 dollars de dédommagement. Pacha est d'accord avec cet arrangement et l'accepte. Il en fait part aux policiers qui n'y voient pas d'inconvénient, il faut juste que les deux parties concernées signent une décharge comme quoi l'affaire est réglée et qu'aucune poursuite ne sera engagée par la suite. Voila un arrangement amiable possible. Il existe d'autres possibilités de régler les différents entre conducteurs suite à un accrochage: J'ai connu un proche qui à cédé sa voiture à titre gratuit en dédommagement d'un accident dont il était responsable, j'en fus stupéfait alors que lui fut très fataliste en pensant  juste "demain sera un autre jour" sans la moindre lamentation. 
 Une autre fois, Boris,un de nos amis, victime d'un accrochage dont il n'est pas responsable s'accorde avec l'autre conducteur sur un arrangement amiable pour le remboursement ultérieur des dommages car les gens n'ont pas toujours des centaines de dollars sur eux et il n'est pas non plus toujours facile de chiffrer instantanément les dégâts. Un soir suivant, Boris reçoit un appel pour lui demander de sortir de chez lui afin de lui payer les dédommagements. Il descend sans se douter un instant qu'il s'agit là d'un traquenard. Il est en fait attendu par plusieurs individus qui lui suggèrent d'abandonner toute réclamation puis le passe sévèrement à tabac. Non contents de l'avoir roué de coups ils le dépouillent également d'une chaîne en or et de son argent liquide. Boris est retrouvé dans un triste état puis conduit en urgence à l'hôpital, il est méconnaissable mais hors de danger, nous sommes atterrés, ses agresseurs auraient pu le tuer. Valery, le père de Boris, n'avale pas la pilule et prend l'affaire en main faisant fi des menaces. Il est facile de remonter à la source de l'agression de Boris. Je connais bien Valery en tant qu'homme mais je ne connais pas son statut dans la société, d'ailleurs cela à toujours été un mystère dans son entourage. Toujours est-il que dans la nuit suivante à l'agression il a remit, semble-t-il, les pendules à l'heure chez certaines personnes puisqu'il  a récupéré la chaîne en or, l'argent volé et en supplément l'argent des dédommagements. Je ne sais pas ce que sont devenus les agresseurs de Boris mais il en eu plus jamais de nouvelles. 
 

 

 

Auto-stop:
Pour les déplacements il y a la possibilité de pratiquer une méthode à mi chemin entre le co-voiturage et l’auto-stop, pour cela il suffit de se mettre au bord de la route et de tendre le bras. Bien souvent c’est l’affaire de quelques secondes avant qu’une voiture s’arrête, qui d’ailleurs s’arrête un peu n’importe comment. On se met d’accord sur la destination et le prix (peu élevé), ce n’est pas plus difficile que ça. Reste plus qu’à croiser les doigts pour que la ceinture de sécurité ne soit pas qu’un élément de décoration et que notre bienfaiteur ne soit pas un fou du volant. C’est ainsi l’opportunité de rouler en voiture typiquement russe car ce ne sont jamais les voitures modernes qui se proposent.
 

 

 



Body-guard:
Il est fréquent d’être doublé par des véhicules roulant en escorte à vive allure, le cortège est souvent constitué de 4x4 et de voitures de luxe, il s’agit soit d’un convoi officiel, soit d’un nouveau russe fan du film « body-guard » ou encore d’un bandit, à moins que ce ne soit un mélange de tout ça. Dans tous les cas, cette catégorie de véhicule évolue en marge de tout code de la route. Le grand seigneur se pointe, les gueux n’ont qu’à s’écarter. Même si l’on est dans son bon droit il est préférable de ravaler son orgueil  et de faire place.
Durant un hiver alors que je me rendais tranquillement à la datcha familiale avec mon épouse, il nous est arrivé une fâcheuse expérience. Nous étions sur une autoroute (2x3 voies) très enneigée. Alors que je doublais un autre véhicule, ce genre de convoi et apparut derrière nous à grands renforts d’appels de phares. Hésitant je décidai tout de même de continuer à doubler en évitant ainsi tout risque de glissades. Non content de ma réaction, le convoi me double par la troisième file restante de la chaussée, or cette file est moins bien déneigée et donc assez dangereuse. Le dépassement s’effectue tout de même, une voiture prend le large tandis que l’autre donne de grands coup de volants comme pour me percuter, c’est un rodéo qui s’entame, queues de poissons, embardées et freinages se succèdent dans un seul but, immobiliser mon véhicule. Excédé, ahuri, je finis par m’arrêter une dizaine de mètres derrière l’autre voiture. J’attends la suite des événements avec anxiété  car ce qui vient d’arriver ne semble pas être une invitation à la discussion. Soudain la porte du conducteur s’ouvre, une tête apparaît et regarde dans ma direction, hors de question pour ma part de faire quoi que ce soit. Quelques secondes s’écoulent, le même type (ils sont quatre) sort de l’habitacle avec un pistolet à la main, l’heure n’est plus à la réflexion, au diable les interrogations ou les hésitations, j’accélère de nouveau et ne me préoccupe pas de lui. Tel un toréador, il esquive ma voiture en donnant un coup de crosse dans un carreau, je roule le plus vite possible en ne pensant qu’à m’enfuir. Il ne tire pas, peu importe je ne m’intéresse déjà plus à lui, m’enfuir il n’y a plus que cela qui compte. Mon épouse avait remarqué que le premier véhicule s’était dirigé en direction d’une aire de repos non loin de nous, quant à ceux qui nous créaient des soucis, nous avons supposé qu’ils les avaient rejoints car il ne revinrent pas à notre poursuite. Etaient-ils de vrais bandits ou des ramollis du cerveau trop influencés par la télévision ? L’essentiel n’est pas de le savoir. Je ne suis vraiment pas fier de relater cet évènement mais il est prudent de savoir que n’importe qui peu avoir une arme très facilement et que dans la rubrique faits divers, nombreux sont ceux qui se sont fait tirer dessus.
 

 

 

Tombe la neige:
Les nuits d’hiver déversent souvent leurs flocons, chaque fois que cela arrivait j’étais  réveillé au son de la pelle raclant le bitume afin de dégager le passage dans la cour de l’immeuble où je résidais. C’était toujours la même femme qui exécutait cette besogne ( en Russie beaucoup de femmes exercent des métiers qui en France sont encore majoritairement pratiqués par des hommes tel que carreleur, jardinier ou encore peintre en bâtiment). C’est ainsi dans toutes les cours, tandis que sur la route les chasses-neiges circulent. Dans certaines rues, l’accumulation de neige réduit considérablement la largeur de la chaussée, en revanche sur les grands axes la neige est chargée pour être emmenée par des camions benne en dehors de la ville.                                                             

 

 

 

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